Les (vrais) martyrs de la foi

Second conflit mondial. Années 1930-40. Dans les camps de concentration, la souffrance de nombreux chrétiens s'unit à celle de tous les autres déportés en particulier les Juifs. Le camp de concentration fut pour beaucoup la dernière étape du pèlerinage d'une persécution à l'autre : "Telle est sans doute l'une des plus grandes preuves des forces morales de l'homme", a dit Jean-Paul II. De tous les camps de concentration, Dachau est celui où fut déporté le plus grand nombre de prêtres et de religieux catholiques.

Dachau fut le premier Lager institutionnel, inauguré le 22 mars 1933, et l'un des derniers à être libéré par les Alliés, le 29 avril 1945. Il servit de modèle au système concentrationnaire nazi, dont il était "comme le coeur et le cerveau". Dachau fut aussi un lieu d'entraînement des SS, devenant une école de "violence commandée et codifiée". Au départ, ce camp accueillit les adversaires politiques du nazisme. En octobre 1937, y arrivèrent 144 témoins de Jéhovah. En 1938, les réfractaires au travail, considérés comme une catégorie à part d'asociaux, commencèrent à être internés à Dachau, suivis après la "Nuit de cristal" par les Juifs, dont il arriva un contingent de plus de 10,000 personnes. Dès les premières années furent internés nombre de catholiques, opposants à Hitler. Au début de 1941, Himmler avait décrété que Dachau serait le lieu d'internement de deux catégories de prisonniers importants : les hommes politiques et hommes d'État éminents, et le clergé. Les religieux ne furent pas internés seulement à Dachau, mais ce fut le camp qui en accueillit le plus grand nombre : selon l'estimation la plus fiable, ils furent au nombre de 2,720. Parmi eux, il y avait 2,579 catholiques, dont 1,780 Polonais, et parmi ces derniers un peu moins de la moitié moururent au camp; les protestants étaient au nombre de 109, les orthodoxes 22 [...] il y eut aussi 8 vieux-catholiques et mariavites polonais, et 2 musulmans [...]

Le père Kolbe fut enfermé dans les cellules creusées dans les souterrains du camp; au bout de trois semaines de souffrances, il fut tué par une injection d'acide sulfurique. Beaucoup de prêtres polonais internés à Dachau s'offrirent comme volontaires au service d'infirmerie quand éclata l'épidémie de typhus, et moururent après avoir été contaminés. Parmi eux, le bienheureux Stefan Wincenty Frelichowski, de Chelmno, qui avait créé à Dachau, dans la baraque 28, une Caritas pour l'aide alimentaire à ceux qui ne recevaient pas de colis. Dès le début de l'épidémie, malgré l'interdiction, il se rendait dans les locaux d'isolement où se trouvaient les malades, pour leur apporter de la nourriture et du réconfort. Il attrapa le typhus et mourut le 23 février 1945.

Le pardon accordé aux persécuteurs était l'un des témoignages les plus éloquents. Le bienheureux Kazimierz Grelewski, polonais, fut pendu à Dachau le 9 janvier 1942. Avant de monter au gibet, il cria à ses bourreaux : "Aimez le Seigneur." Un témoin a raconté qu'un jour "un kapo le frappa et le bouscula. Le père Kazimierz se releva, se signa devant celui qui l'avait battu et lui dit : "Que Dieu te pardonne." À ces mots, le kapo se rua sur le père Kazimierz, le couvrit de coups de bâton en criant : "Je vais t'y expédier tout de suite, chez ton Dieu!"

En octobre  [ un laïc catholique italien, Teresio Olivelli ]  fut transféré à Hersbruck parce qu'il avait défendu les prisonniers malades. Fin décembre, un jeune communiste ukrainien fut battu, et Olivelli intervint pour le défendre. Il reçu d'un soldat allemand un coup de pied à l'estomac. Il mourut peu après, le 12 janvier 1945, à vingt-neuf ans. Avant de mourir, il appela près de lui un compagnon qui avait froid et lui donna ses vêtements. Dans le premier numéro de Ribelle, la revue qu'il avait fondée, il avait écrit : "Seul celui qui jette la vie sans compter peut donner et recevoir la vie."

Le pasteur luthérien allemand Paul Schneider, membre de la Ligue d'urgence des pasteurs fondée par le pasteur Martin Niemöller, puis l'Église confessante, fut déporté en 1937 à Buchenwald pour son opposition au nazisme. Au Lager, il fut soumis à des sévices et à des tortures particulières parce qu'il refusait de rendre hommage à la croix gammée et à Hitler. À partir d'avril 1938, il fut enfermé en isolement dans le bunker du camp, où il passa les quatorze derniers mois de sa vie. Même dans le bunker, il ne cessa pas son activité de prédication, de dénonciation des crimes et de soutien aux détenus. Un compagnon de détention s'en souvient ainsi : "Dans le bunker où se trouvaient les cellules d'isolement sans lumière, je connus le pasteur Schneider; sa cellule était à côté de la mienne. Tous les matins, il disait pour nous, les prisonniers, une prière matinale, et pour cela il était chaque fois tabassé et torturé." (Extraits du livre d'Andrea Riccardi «Ils sont morts pour leur foi, la persécution des chrétiens au XXe siècle» - ISBN 2-259-19315-3, aux éd. Plon / Mame)