La malédiction de la richesse

(tiré du livre Sur les traces de Jésus, de Bruce Farnham, aux éditions VIDA - disponible ici)



Si l'on vous demandait de deviner ce que Jésus a enseigné au sujet des richesses
en vous appuyant pour cela sur le comportement de certaines grandes institutions chrétiennes contemporaines, on ne pourrait vous en vouloir de penser que Jésus a enseigné la vertu de l'enrichissement. Le problème, c'est qu'en réalité, il a enseigné exactement le contraire.



Et non seulement cela, mais il a réservé quelques-unes de ses condamnations les plus appuyées à ceux qui ont pour souci principal, dans la vie, d'accumuler des richesses pour eux-mêmes. Un jour, il a raconté l'histoire d'un fermier qui avait fait d'excellentes récoltes, à tel point qu'il n'avait plus assez de place pour les engranger. Alors, il décida de démolir ses greniers pour en construire de plus grands. Enfin, ses travaux furent menés à bien, et ses vastes greniers regorgèrent du produit de la récolte.

Il se dit alors : « Tu as beaucoup de bien en réserve pour plusieurs années; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi ».

« Mais, continua Jésus, Dieu lui dit : 'Insensé! cette nuit même ta vie te sera redemandée; et ce que tu as préparé, à qui cela ira-t-il ? »

Et Jésus résuma ainsi la morale de l'histoire : « Il en est ainsi de celui qui accumule des trésors pour lui-même, et qui n'est pas riche pour Dieu » (Luc 12:15-24).

Quand on s'est libéré de la passion des richesses, poursuivit Jésus, on fait disparaître le fondement de bien des soucis de l'homme. Tant de soucis et de tourments sont dus aux pressions qu'exercent sur l'homme la société matérialiste! Et combien se rongent et se tracassent pour les exigences de la dernière mode!

Jésus a dit : « Ne cherchez pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez, et ne vous tourmentez pas. Car tout cela, ce sont les païens du monde qui le recherchent. Votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son royaume; et cela vous sera donné par surcroît ».

Jésus disait encore : «Vendez ce que vous possédez... Car là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur » (Luc 12:34).

Quelle révolution verrions-nous, si les gens se mettaient à obéir aux enseignements de Jésus sans chercher plus loin! Comme tant de ses paroles, celle-ci va bien plus loin qu'un simple conseil de changer les structures politiques, quelle que soit leur importance. De fait, ce qu'il enseigne met à mal une bonne partie de ce qui motive les guerres et les combats du monde, que ce soit à l'échelle individuelle ou nationale. Comme un disciple de Jésus devait le dire plus tard, « l'amour de l'argent est la racine de tous les maux » (La Bible, 1 Timothée 6:10).

Combien de luttes entre communautés pour acquérir le pouvoir financier! Et combien de guerres sont menées pour des morceaux de terre sans importance, faisant des centaines de milliers de morts et de blessés uniquement pour agrandir le territoire national de quelques pour cent! Et sur le plan individuel, combien de vendettas, de meurtres, de bagarres et de disputes naissent sept jours sur sept, tout simplement pour l'amour de l'argent!



Les priorités du royaume de Dieu signifient que nous « ne pouvons servir Dieu et l'argent » (Matthieu 6:24). Dieu doit avoir la priorité. Ce n'est pas que l'argent, la richesse et les possessions soient mauvais par nature. Les enseignements de Jésus ne contiennent pas la moindre trace de la philosophie grecque pour laquelle les choses immatérielles et "spirituelles" seraient en quelque sorte "plus élevées" que les choses terrestres et physiques. La richesse, dit Jésus, peut devenir une malédiction parce qu'elle nous possède trop facilement et nous conduit à nous reposer sur nos lauriers ou à en vouloir toujours plus, pour satisfaire notre égoïsme. Tandis que lorsque le royaume de Dieu passe en premier, les autres choses de notre vie prennent progressivement leur juste place.



Cet enseignement tranche dans le vif de tous les débats sur "les riches" et "les pauvres" et ouvre une toute nouvelle perspective. Ni la richesse ni la pauvreté n'apporte d'avantage dans le royaume de Dieu. L'important est le fait que notre coeur s'est ou non détaché de l'envie d'accumuler puissance et richesse pour lui-même. Cette même passion peut habiter le coeur du pauvre comme le coeur du riche. Certaines personnes des plus matérialistes sont d'anciens pauvres devenus riches depuis peu. Que vous soyez pauvre ou riche, si l'argent est votre maître, il n'y a pas de place pour vous dans le royaume de Dieu (mais souvenez-vous toujours que Dieu peut changer les coeurs!).

Un jeune et riche notable du temps de Jésus eut à l'apprendre de manière dure. Il demanda un jour à Jésus : « Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle? » (Luc 18:18-27).

Jésus lui fit une curieuse réponse : « Pourquoi m'appelles-tu bon? Personne n'est bon, si ce n'est Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas d'adultère; ne commets pas de meurtre; ne commets pas de vol; ne dis pas de faux témoignage; honore ton père et ta mère ».

Notez que Jésus omet volontairement le tout premier des Dix Commandements par lequel Dieu dit : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face ». Il préfère citer les commandements qui sont plus orientés vers les relations sociales. Et on peut presque s'imaginer l'homme en train de cocher mentalement chaque commandement, en écoutant Jésus.

- J'ai gardé tout cela dès ma jeunesse, répond-il ensuite.
- Il te manque encore une chose, dit Jésus en l'entendant. Vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens et suis-moi.

Nous lisons alors que l'homme devint tout triste, parce qu'il avait de grandes richesses.

Voyant cela, Jésus dit :

- Qu'il est difficile à ceux qui ont des biens d'entrer dans le royaume de Dieu! Car il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu.

Tous ceux qui étaient là protestèrent :

- Alors, qui peut être sauvé?
- Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, répondit Jésus.

Quel est donc ici le propos de Jésus? Est-il en train de dire au jeune homme riche que, s'il lâche sa fortune, il recevra la vie éternelle comme une sorte de récompense? Non. Le vrai problème du jeune notable n'était pas de posséder de grands trésors mais plutôt que ses trésors le possédaient, lui. Il était en état de désobéissance par rapport au premier commandement. Il avait bien "d'autres dieux" que Dieu : dans son cas, c'est l'argent qui était son dieu. D'autres ont d'autres "dieux", peut-être leur carrière, ou l'ambition forcenée d'arriver au sommet. Peut-être une relation coupable (adultère) devenue la passion dévorante de leur vie. Il peut même s'agir de quelque chose de très légitime et de très bon en soi, comme une épouse, un mari ou des enfants. Mais Jésus a clairement dit que tout ce qui, dans la vie, prend une telle importance que Dieu en perd sa place centrale devient "un autre dieu", et qu'alors nous enfreignons le premier commandement.

Voilà pourquoi il faut un miracle particulier pour qu'un riche entre dans le royaume de Dieu: parce que cela veut dire qu'il doit laisser un maître pour en servir un autre. On ne peut pas servir Dieu et l'argent en même temps...

On voit pourquoi Jésus avait une sympathie particulière pour les pauvres. Ce n'était pas que les pauvres valaient plus que les autres, ni que Jésus avait un préjugé favorable envers eux, mais plutôt que les pauvres avaient plus de chances de comprendre ce qu'était le royaume de Dieu. Leurs coeurs risquaient moins de se trouver harponnés par les dieux de pacotille de ce monde.

En même temps, la compassion de Jésus se déversait sur tous ceux qui en avaient besoin. Il était sans aucun doute soucieux des besoins matériels des pauvres. Il ne disait pas seulement de vendre ses possessions mais de les vendre pour donner aux pauvres. Une véritable redistribution était nécessaire, et devait faire suite à l'abandon des richesses. La valeur de l'individu signifie que tout le monde a un droit fondamental à la nourriture, à un abri et à une protection, à l'intérieur de la société.

Mais ce n'est pas une raison pour renverser les riches et pour faire en sorte que les pauvres deviennent riches! Un tel raisonnement serait beaucoup trop superficiel! Comme un disciple de Jésus l'a dit plus tard: « Si donc nous avons la nourriture et le vêtement, cela nous suffira » (1 Timothée 6:8). Quand les besoins fondamentaux de la vie sont comblés, pourquoi chercher à amasser plus? Cela ne conduit qu'à la douleur, la cupidité et la guerre.

Même si les enseignements de Jésus sur la richesse seraient appliqués dans nos sociétés, cela provoquerait-il automatiquement l'abolition de l'écart qui sépare les riches des pauvres? Malheureusement non: le monde est trop complexe pour cela. Mais ce que donne cet enseignement, c'est une base de départ pour le combat à mener. Sans la foi en l'égale valeur de tous les individus créés par Dieu, il n'est même pas question de penser à mettre en route un tel combat. A quoi bon? Il faut avoir un motif, ne serait-ce que pour se lancer dans une telle bataille.


Comme l'a souligné l'auteur de ce texte, à la Maison de Issa, nous croyons que les pauvres occupent une place toute particulière dans le coeur de Dieu. Malgré les circonstances qui peuvent nous préoccuper aujourd'hui, peut-être faites-vous face à des injustices flagrantes, la réponse la meilleure reste sans doute le baume que Dieu peut déverser sur un coeur blessé. Sa bénédiction qui dépasse l'entendement et qui peut redonner la paix.

Mais si vous êtes de ceux qui ont des richesses, avec le pouvoir qui souvent l'accompagne, alors ouvrez votre bouche pour les plus faibles et faites bon usage de vos richesses. C'est aussi un commandement biblique : « Ouvre ta bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés » (Proverbe 31:8). Dieu vous a accordé ces biens, et Il vous en demandera des comptes.