Le blasphème du racisme

(tiré du livre Sur les traces de Jésus, de Bruce Farnham, aux éditions VIDA - disponible ici)

Jésus et la justice sociale: Le racisme plonge ses racines dans la croyance selon laquelle les peuples n'ont pas une valeur absolue, mais une valeur relative. Qu'un groupe de personnes ait une langue, une culture, un passé historique différents, et un autre groupe les méprise. C'est du pur blasphème. C'est un blasphème parce que cela part d'une présupposition qui n'existe pas en Dieu le Créateur.

Cela suggère que le Créateur a créé des peuples en leur donnant une valeur relative selon leurs gènes et leur environnement. Il n'y a aucune place dans le royaume de Dieu pour les défenseurs de cette idée.

Jésus a fondamentalement détruit toute forme de racisme, d'une part en soulignant la valeur de l'individu, et d'autre part en s'appliquant à montrer que le royaume de Dieu était offert autant à toutes les femmes qu'à tous les hommes, quelle que soit leur origine ou leur race.

Certes, il est vrai que le ministère public de Jésus s'est déroulé principalement au milieu des Juifs. Après tout, c'était son peuple. C'était surtout les Juifs qu'il rencontrait dans sa mission quotidienne de guérison et d'enseignement. Cependant, quelques années seulement après la fin de son ministère terrestre, l'enseignement du royaume de Dieu s'était répandu comme une traînée de poudre à partir du monde juif vers les dizaines de races et de groupes ethniques qui composaient l'empire romain. Les germes de cette expansion éclair étaient solidement enracinés dans les actes et l'enseignement personnels de Jésus.

Les Juifs contemporains de Jésus avaient généralement une interprétation raciste de leur religion. Ils avaient le sentiment que leurs croyances les rendaient supérieurs aux non-Juifs. Ils regardaient avec un certain mépris les autres groupes ethniques qui les entouraient et oubliaient volontairement les nombreux passages de l'Ancien Testament où Dieu rappelait aux Juifs que sa bonté envers eux ne venait pas de l'importance de leur race mais de ce qu'ils étaient un peuple petit et insignifiant.

Rien ne faisait plus enrager les Juifs que d'entendre Jésus leur rappeler que Dieu se souciait autant des autres races que d'eux. Les Juifs de Nazareth, ville natale de Jésus, n'étaient pas différents. Au cours de sa lecture de l'Ancien Testament dans la synagogue, Jésus cita les paroles du prophète Esaïe au sujet des pauvres et des opprimés et, après avoir dit "qu'aujourd'hui ces paroles se réalisaient sous leurs yeux", nous lisons que "tous lui rendaient témoignage et admiraient les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche".

Un prédicateur qui n'aurait eu que l'intention de plaire à son public se serait arrêté là, mais Jésus comprit vite que les habitants de sa ville d'origine qui le connaissaient si bien n'avaient pas vraiment saisi ce qu'il essayait de leur dire. C'est pourquoi il ajouta: "Je vous le dis, aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie".

Et il entreprit de citer les exemples tirés de l'Ancien Testament de deux prophètes célèbres envoyés par Dieu vers des non-Juifs pour montrer sa puissance. L'un était le prophète Elie, que Dieu avait envoyé au secours d'une pauvre veuve de la région non-juive de Sidon, pendant une période de famine. L'autre était Elisée, le prophète que Dieu avait envoyé guérir Naaman, le commandant de l'armée syrienne, qui avait la lèpre. Et pour que cela soit bien clair, Jésus fit cette remarque: "Il y avait [...] beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée; et cependant aucun d'eux ne fut purifié, si ce n'est Naaman le Syrien".

Ainsi donc, Dieu aimait les Libanais et les Syriens et tenait autant à eux qu'aux Juifs! Comment s'étonner de lire que "tous furent remplis de fureur dans la synagogue en entendant cela", et qu'ils traînèrent Jésus hors de la ville! Ils tentèrent même de le tuer mais il leur échappa. Voilà ce qui attend ceux qui s'élèvent contre le racisme.

Dans sa célèbre parabole du "Bon Samaritain", Jésus montra plus tard qu'il ne suffit pas de prendre position contre le racisme. Nous devons nous engager concrètement à répondre aux besoins des gens qui appartiennent à un milieu différent du nôtre.

Toute l'histoire a commencé avec la mise à l'épreuve de Jésus par un expert de la Loi juive.

"Maître, demanda celui-ci, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle?".

Jésus lui fit alors citer ce qui est écrit dans la loi de l'Ancien Testament. L'homme répondit très justement:

"Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée; et ton prochain comme toi-même".

Voilà une parole excellente! Que le monde serait agréable si seulement tous les hommes aimaient leurs voisins comme eux-mêmes! Mais le docteur de la loi commit une faute tactique en demandant à Jésus qui était son prochain.

Plus tard, il dut même regretter d'avoir posé cette question, car Jésus se mit à raconter l'extraordinaire histoire du Bon Samaritain.

Un homme voyageait par la route de Jérusalem à Jéricho quand il fut agressé par des voleurs, battu et abandonné, à demi-mort, sur le bord de la route. Un prêtre juif passait par hasard, mais en le voyant couché au bord de la route, il prit soin de marcher de l'autre côté. C'est que, s'il s'arrêtait, il risquait d'être obligé de s'occuper des besoins de l'homme... et ses propres occupations religieuses revêtaient un tel caractère d'urgence!

Puis passa un Lévite. Les Lévites constituaient l'une des douze tribus d'Israël. Pour cette raison, les Lévites se sentaient "spécialement élus", au sein même de la communauté juive, et avaient tendance à regarder de haut toutes les autres tribus. Mais, dit Jésus, ce lévite agit exactement de la même façon que le prêtre qui l'avait précédé: lui aussi passa de l'autre côté de la route!

Ensuite arriva un Samaritain. Nous le savons déjà, les Samaritains étaient une race tout à fait méprisée des Juifs parce que, tout en étant Juifs d'origine, ils s'étaient alliés par mariage avec les nations avoisinantes. Jésus avait donc choisi à dessein un Samaritain pour son histoire.

Que fit donc ce Samaritain? Il vit l'homme à moitié mort et eut pitié de lui. Il s'arrêta pour panser et soigner ses blessures, puis il chargea l'homme sur son âne, l'amena jusqu'à une auberge et s'occupa de lui toute la nuit. Le lendemain, il donna de l'argent à l'aubergiste pour les besoins du blessé et promis de lui en redonner plus tard, au cas où il y aurait des frais supplémentaires!

"Lequel de ces trois, demanda Jésus au docteur de la loi, te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé aux mains des brigands?

- C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit l'homme.
- Va, et toi, fais de même, lui dit Jésus".

Il est facile de croire qu'un homme est notre "prochain" quand il vient du même milieu que nous, et surtout quand il y a une possibilité qu'il nous rembourse plus tard si nous nous trouvons à notre tour dans le besoin. Mais Jésus a montré que le véritable amour n'attend rien en retour. En fait, cet amour est si différent de tout ce que l'on trouve ailleurs que les auteurs du Nouveau Testament ont été obligés de trouver un nouveau mot grec pour en exprimer le concept. C'est le mot Agapê. Agapê, c'est l'amour qui n'attend rien en retour. C'est une arme fondamentale dans le combat contre le racisme.

Il paraît incroyable que dans des pays soi-disant "chrétiens", il existe des lois pour affirmer la supériorité d'une race sur une autre. Même la base la plus simple, le b-a-ba de l'enseignement de Jésus est totalement contraire à de telles lois!

Regardons les choses en face: nous avons tous tendance à manifester de l'hypocrisie quand il est question de racisme. Il est très facile de tonner d'un air indigné contre le racisme horrible de tel autre pays. Et les communautés méprisées de nos propres pays? Que faisons-nous pour leur venir en aide? La race n'est pas seulement une affaire de couleur, mais aussi une affaire de groupes ethniques qui ont peu voix au chapitre dans les affaires de la nation. Gardons-nous de nous laisser obnubiler par les défauts des autres au point d'en oublier le racisme qui peut demeurer à notre propre porte. Nous nous y sommes peut-être tellement habitués que cela nous a rendu presque incapables de le reconnaître pour ce qu'il est vraiment...