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Le Coran, destiné à
expliquer la Bible, non à la remplacer
Et si les vierges célestes
du Coran n'étaient que fruits blancs ?
LE MONDE | 05.05.03 | 13h51
LES ÉRUDITS paraissent inoffensifs. On les imagine préoccupés de
questions très obscures, inaccessibles au commun des mortels. On en déduit
que leurs travaux ont un impact nul sur les réalités du monde. Erreur.
Il arrive en effet que surgissent du fond des bibliothèques des découvertes
susceptibles d'entraîner de grands bouleversements.
Parmi les derniers exemples en date, le travail de l'Allemand Christoph
Luxenberg sur la langue du Coran. Ce philologue maîtrise l'arabe, littéral
et dialectal, mais aussi le syriaque et "l'arabo-syriaque",
langue largement répandue vers les VIe et VIIe siècles. Et il s'est
demandé en quelle langue exactement était rédigé le Coran.
L'interrogation peut surprendre. En arabe, évidemment. Mais quel arabe ?
La difficulté vient du fait que les plus anciens manuscrits connus ne
comportent que l'écriture des consonnes. C'est plus tard, sans qu'on
sache d'ailleurs au juste ni quand ni comment, que furent inventés les
systèmes de points pour noter les voyelles et permettre ainsi de
distinguer des termes s'écrivant de manière identique mais se prononçant
différemment. Ces hésitations sont bien connues, mais le savant fait un
pas de plus en tentant de lire à partir du vocabulaire arabo-syriaque
certains des passages obscurs du "Livre clair". Les résultats
sont étonnants. Ainsi, dans la sourate de Marie (XIX, 24), Jésus, à
peine né, s'adresse à sa mère pour la consoler. Au lieu de "Ne
t'attriste pas ! Ton Seigneur a mis à tes pieds un ruisseau", texte
habituel mais énigmatique, la lecture arabo-syriaque conduit à
comprendre : "Ne t'attriste pas ! Ton Seigneur a rendu ton
accouchement légitime."
Plus étonnante encore est la transformation des fameuses houris des
jardins paradisiaques en... simples raisins! Au lieu de "vierges aux
grands yeux", il faudrait lire "fruits blancs comme le
cristal". Si l'on songe à l'emprise imaginaire de ces épouses célestes,
pour lesquelles les kamikazes islamistes d'aujourd'hui protègent leurs
parties génitales, on mesure le chambardement. Et si Luxenberg avait
raison, le Coran n'aurait été d'abord qu'un lectionnaire (sens du terme
en syriaque), une sorte de manuel destiné à expliquer la Bible, et non
à la remplacer !
Comme le souligne Rémi Brague, professeur à la Sorbonne, dans un article
publié dans le numéro d'avril de la revue Critique, il est temps
d'ouvrir sur la question un vaste débat scientifique. Si ces hypothèses
étaient avérées, imagine-t-on les conséquences ? Les érudits, décidément,
ne sont pas inoffensifs.
Roger-Pol Droit
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.05.03
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