ASSEZ !

Juin 2006. Un homme court dans les rues à Gaza, il porte dans ses bras un enfant à qui la vie a été volée peu avant, à quelques pas de là, simplement à cause de la bêtise humaine. Dans la précipitation du moment, l'homme s'encouble, agrippant contre lui l'enfant dont le crâne était ouvert.

Ç'aurait pu être le mien, ou le vôtre. Pour des raisons hors de notre contrôle par la grâce de Dieu ou que sais-je, nous sommes nés ailleurs, sous d'autres horizons. 

Plusieurs jours plus tôt, non loin, des officiers israéliens fous ont ordonné aux soldats qu'ils abattent leur feu sur une plage. À plusieurs centaines de kilomètres de là, un caporal américain chante des imbécillités sous les rires de l'assistance.

Cela donnerait presque raison à ce texte de la Table Servie "Ô les croyants! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens; ils sont alliés les uns des autres" (51) ou à celui-ci de la Famille d'Imran "...vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. Si les gens du Livre croyaient..." (110).

Devant les images de la bêtise on pourrait hâtivement conclure ... puis se raviser. Parmi eux serait très vite ajouté un bon nombre de membres du Hamas [1], des bouddhistes (jusqu'en 2006 au moins, le gouvernement népalais bannis violemment la liberté d'opinion et celle de religion), des hindous, des athées, certains riches qui jouent de leurs influences pour étouffer les plus pauvres ou pour faire durer des guerres.

Parmi les victimes de la barbarie nous trouvons des chrétiens (on pense au sort des enfants pauvres du Brésil, à celui des esclaves modernes de la République dominicaine ou en Haïti), il y a des hindous (leurs fausses religions autorisent à laisser crever de faim l'affamé), les nations africaines (libérées des fusils colonisateurs, elles sont prises à la gorge par les pressions financières et la corruption).

Les drames qui se jouent ne sont donc pas tellement une question de foi, mais plutôt de barbarie. Celle qui est ancrée dans le coeur humain. En toute apparence. Donc même l'Évangile peut bien ordonner le convenable et interdire le blâmable, si le coeur de celui qui écoute n'est pas transformé, rien ne change. Si les yeux ne se lèvent pas vers le Ciel pour ensuite redescendre vers son prochain et voir, observer vraiment, tenir compte, cela ne sert à rien. S'il y a de la religion mais pas d'amour, ce n'est pas plus efficace qu'une cloche qui raisonne devant un estomac vide.

Philosophies sans actions. Excusez le terme cru : la masturbation cérébrale est à la mode. Combien d'heures les croyants passent-ils à réfléchir aux doctrines et, à contrario, combien de temps ont-ils passé à relever un faible, secourir un perdu, nourrir un pauvre cette semaine ? Dans les Églises chrétiennes on passe beaucoup plus de temps à disséquer qu'agir, tel des apprentis philosophes dans un Aréopage. Ce qui est important n'est plus le rire retrouvé d'un enfant mais le point-virgule. Bien sûr il y a les exceptions, c'est comme dans tout.

Musulmans, ne souriez pas trop vite! Plusieurs croyants perdent des centaines d'heures à chercher des contradictions dans le texte biblique pour soi-disant prouver, si cela était possible, que la Bible n'est pas divinement inspirée. Ils parachèvent leur perte de temps sur de multiples forums internet où ils partagent leurs merveilleuses découvertes pour le bien de l'humanité. Comme c'est beau!

Regardons les choses en face. Durant la rédaction de ce texte, 600 enfants sont morts dans le monde, pour des raisons diverses liées directement à la pauvreté extrême. Non, pas 600 mais maintenant 623. 624 ... 625... Nous formons tous une belle bande de cloches et ce n'est pas les athées ni les "oligarches" (excusez le terme absent du dictionnaire) ni les aristocrates qui pourront donner de l'oxygène divin à une humanité sous respirateur artificiel.

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[1] Un cri de désespoir http://www.maison-issa.com/cri.html